Bitcoin vs or – dix ans de chiffres, deux réponses

Martin Krpenský Vérifié par la rédaction
Publié le 9 min de lecture
Évolution du cours de l'or, du bitcoin et de l'indice S&P 500 sur cinq ans, ramenés à une base commune
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On présente souvent le bitcoin comme de l’or numérique. Les deux existent en quantité limitée, aucun des deux ne verse d’intérêt, et on achète l’un comme l’autre en partant du principe que l’argent qui dort sur un compte perd de la valeur. La formule laisse pourtant entendre que le bitcoin serait de l’or qui monte plus vite.

À la question de savoir lequel a le plus rapporté, il existe deux réponses justes. Tout dépend de la date d’achat, et l’écart entre ces deux réponses est d’un facteur cent.

Sur dix ans le bitcoin, sur cinq ans l’or

Reculez de dix ans, jusqu’à septembre 2016, et le match est plié dès la première reprise. Le bitcoin valait 610 dollars, il en vaut aujourd’hui plus de 76 000, soit 126 fois plus. L’or et l’indice S&P 500 ont progressé de 254 % chacun sur la même période.

Évolution du cours de l'or, du bitcoin et de l'indice S&P 500 sur cinq ans, ramenés à une base commune

L’or, le bitcoin et l’indice S&P 500 depuis septembre 2021, base 100 en début de période pour les trois. Source : Yahoo Finance, cours mensuels de clôture GC=F, BTC-USD et ^GSPC, calculs de la rédaction.

Depuis septembre 2021, l’or a pris 164 %, les actions 78 et le bitcoin 76. Sur les cinq dernières années, le bitcoin finit donc dernier des trois.

En juillet 2025, il était monté à l’indice 264, à peu près là où se trouve l’or aujourd’hui. Puis il est retombé et n’est pas remonté. Son sommet date du 6 octobre 2025, à 124 753 dollars, et il évolue 38 % en dessous depuis. L’or a touché son maximum le 29 janvier 2026 à 5 318 dollars et en a perdu 13 %.

Jusqu’où ça descendait entre-temps

Sur ces cinq années, la pire chute du bitcoin depuis son sommet atteint 73 %, avec un creux en décembre 2022. Sur dix ans, elle monte à 76. L’or, sur les mêmes périodes, a perdu au maximum 23 %, et les actions américaines 25.

Il fallait tenir pendant que la position se réduisait au quart pour toucher ces douze mille pour cent.

Une action lui a tenu tête

Mettons le bitcoin face aux actions qui ont le mieux marché sur ces dix mêmes années. Depuis septembre 2016, le bitcoin a pris plus de 12 500 %. Nvidia, plus de 12 400. Sur un graphique, l’écart ne se voit pas, les deux font environ 126 fois la mise. Le reste des noms qui reviennent dans ce genre de comparaison est un cran en dessous. Apple a pris 990 %, Microsoft 738, Amazon 520 et Visa 348.

Converti en argent, 1 000 dollars placés en septembre 2016 donneraient aujourd’hui environ 126 000 dollars en bitcoin, 125 000 en Nvidia, 11 000 en Apple et un peu moins de 4 000 en or comme en S&P 500.

Nvidia n’a pas eu besoin d’une chute des trois quarts pour y arriver. Et contrairement au bitcoin, derrière elle il y a une entreprise qui a gagné ces chiffres en vendant des puces.

Combien il y en a et ce que ça pèse

L’or s’extrait depuis des millénaires et personne ne sait ce qu’il en reste sous terre. Le Conseil mondial de l’or estime le stock hors sol à 220 700 tonnes, dont les deux tiers ont été extraits après 1950. Au cours de 4 482,95 dollars l’once, le fixing londonien de l’après-midi du 20 août 2026, cela représente environ 32 000 milliards de dollars.

Il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins. Il en existe aujourd’hui 20 071 518, soit près de 96 % du stock final. Autour de 77 000 dollars l’unité, l’ensemble pèse 1 550 milliards de dollars. Le marché de l’or est vingt fois plus gros.

Sur le rythme auquel les deux stocks grossissent, en revanche, la comparaison s’inverse. En 2025, l’extraction d’or a atteint 3 672 tonnes, un record, ce qui a fait grossir le stock hors sol de 1,7 %. Le bitcoin, lui, augmente de 164 250 unités par an depuis la division de la récompense d’avril 2024, soit 0,82 %. La division suivante, attendue autour d’avril 2028, ramènera ce rythme à la moitié.

Sur ce point-là, la comparaison avec l’or numérique tient.

Ce qui les sépare

L’or est de la matière. Il faut le ranger quelque part, le transporter coûte de l’argent, et vérifier son authenticité demande un appareil ou de la confiance dans le vendeur. En échange, on ne peut ni l’éteindre ni l’effacer.

Le bitcoin est une écriture dans un réseau. L’envoyer à l’autre bout du monde prend quelques minutes et il se divise en cent millionièmes. Le prix à payer, c’est que l’accès repose sur une clé. Qui perd la clé perd les pièces, et personne ne les lui rend.

Derrière les actions, à la différence des deux autres, il y a des entreprises qui gagnent de l’argent et en reversent une partie. Le rendement de l’or et du bitcoin tient uniquement au fait que quelqu’un les rachètera plus cher.

Ce qui tient le prix de l’or

Les plus gros acheteurs de ces dernières années ne sont pas les particuliers mais les banques centrales. Elles détiennent environ 38 600 tonnes, soit 17 % de tout l’or extrait, et achètent autour de mille tonnes par an depuis quatre ans. Sur la décennie précédente, c’était plutôt cinq cents.

La composition de la demande change au passage. La joaillerie était la première ligne et pesait encore la moitié du total il y a quelques années. Elle est tombée à 31 % en 2025 et à 22 au deuxième trimestre 2026. Ce n’est pas l’intérêt pour l’or qui recule, c’est son prix qui monte. Les volumes de bijoux vendus baissent parce qu’ils coûtent cher, et la place libérée revient à la demande d’investissement, lingots, pièces et fonds.

Qui détient du bitcoin aujourd’hui

Le premier détenteur parmi les entreprises est Strategy, l’ancienne MicroStrategy, rebaptisée en août 2025. À la mi-août 2026, elle en avait 840 447, à un prix de revient moyen de 75 385 dollars. Au cours actuel, toute cette position est à peu près à l’équilibre, et la société a commencé cette année à vendre des bitcoins pour la première fois.

Le reste des noms qui circulent dans les articles plus anciens est aujourd’hui accessoire. Tesla détient 11 509 bitcoins et n’y a pas touché depuis sa grosse vente de 2022. Block en a 9 117.

Les fonds indiciels américains sur le bitcoin, autorisés en janvier 2024, en détiennent ensemble plus de 1,24 million, soit près de 6 % du stock final. Le plus gros d’entre eux, iShares Bitcoin Trust, gère plus de 54 milliards de dollars. Le bitcoin est entré par cette porte dans des portefeuilles où un achat direct ne l’aurait jamais mené.

Du côté des États, il y en a un de moins. Entre 2021 et 2025, le Salvador était le seul pays où le bitcoin avait cours légal. Ce n’est plus le cas depuis le 1er mai 2025. Son parlement a supprimé l’obligation pour les commerçants d’accepter le bitcoin, ainsi que la conversion en dollars garantie par l’État. C’était une condition du programme de prêt du Fonds monétaire international.

Où l’acheter en France

Ce qui a changé cette année, c’est surtout qui a le droit d’en vendre. Le règlement européen MiCA s’applique depuis fin 2024 et la période transitoire accordée aux prestataires s’est achevée le 1er juillet 2026. Dans son communiqué du 6 juillet, l’Autorité des marchés financiers dénombrait 31 prestataires agréés en France, deuxième rang de l’Union européenne, sur 283 agréments délivrés dans toute l’Union.

L’ancien registre PSAN issu de la loi PACTE a disparu avec la période transitoire. L’AMF a radié ces enregistrements le 2 juillet 2026 pour « caducité automatique liée à la fin de la période transitoire MiCA », et Binance France, inscrite depuis le 4 mai 2022 sous le numéro E2022-037, figure sur la liste des radiations. Un prestataire non agréé qui continuerait s’expose à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. L’AMF publie une liste blanche des sociétés autorisées et l’ESMA tient le registre européen. Cela vaut la peine d’y regarder avant d’envoyer de l’argent où que ce soit.

L’agrément n’est pas une assurance pour autant. MiCA encadre les sociétés qui fournissent le service, pas le bitcoin lui-même, qui n’a aucun émetteur. L’AMF précise aussi que les protections du règlement ne couvrent que l’entité agréée dans l’Union européenne, ni ses entités affiliées ni celles agréées en dehors.

Pour l’or, le choix est plus ancien et plus simple. Des fonds indiciels détiennent de l’or physique en coffre et facturent des frais annuels, 0,40 % chez SPDR Gold Shares et 0,25 chez iShares Gold Trust parmi les plus connus. Le fonds jumeau GLDM, du même gestionnaire, revient à 0,10. L’autre voie, ce sont les lingots et les pièces achetés chez un vendeur avec certificat. Il faut alors ajouter la prime au-dessus du cours et le coût du stockage.

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Ce que la Banque de France garde en réserve

La Banque de France conserve les réserves d’or françaises dans la Souterraine, une salle blindée creusée à 27 mètres sous le sol parisien. Elle annonce 2 436,8 tonnes, soit 78,3 millions d’onces, quatrième stock mondial derrière les États-Unis, l’Allemagne et l’Italie. Le chiffre n’a pas bougé depuis 2009, année de la dernière vente d’or français, et l’institution précise qu’elle n’a l’intention ni de l’augmenter ni de le réduire dans les années à venir. Rapporté aux 220 700 tonnes extraites dans le monde, cela fait environ 1,1 %.

Le bitcoin, lui, n’est pas un actif de réserve à ses yeux. Elle classe les crypto-actifs de première génération, « tels que le Bitcoin et l’Ethéréum », parmi ceux qui n’ont « ni cours légal ni valeur intrinsèque » et les décrit comme des « actifs spéculatifs et très risqués ».

La position vaut pour tout l’Eurosystème. Le 30 janvier 2025, Christine Lagarde a déclaré que le bitcoin n’entrerait dans les réserves d’aucune des banques centrales du Conseil général de la BCE, propos que la Banque centrale européenne a repris dans sa revue de stabilité financière de mai 2025. La Banque de France siège à ce Conseil.

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