Drapeau haussier et baissier – la figure en pratique

Martin Krpenský Vérifié par la rédaction
Publié le 11 min de lecture
Drapeau haussier et drapeau baissier sur un graphique de cours
Sommaire

Les drapeaux haussiers et baissiers sont des figures chartistes que l’on rencontre souvent sur les graphiques de cours des actifs financiers, actions, paires de devises, matières premières et autres. Ces drapeaux comptent parmi les figures de continuation, autrement dit ils indiquent que la tendance en cours a de bonnes chances de reprendre une fois la correction de court terme terminée.

Les descriptions du drapeau oublient presque toujours la hampe, l’élan violent qui précède la correction. Sans elle, la figure n’a aucun sens.

Sans hampe, pas de drapeau

La hampe est ce mouvement violent, presque rectiligne, qui précède la correction. Thomas Bulkowski, auteur de l’Encyclopedia of Chart Patterns, l’écrit sans détour dans ses règles d’identification. Pas d’envolée rectiligne des cours, pas de drapeau. StockCharts formule la même chose, les drapeaux comme les fanions doivent être précédés d’une hausse ou d’une chute brutale.

C’est aussi de la hampe que se calcule l’objectif.

La deuxième chose que les descriptions passent sous silence, c’est le temps. Le drapeau est une figure de court terme et la limite tient en trois semaines. Ce qui dure plus longtemps, Bulkowski le classe en rectangle ou en canal. Il reconnaît lui-même que cette limite relève de la convention, mais toute sa base de données s’y tient, si bien que les chiffres plus bas valent pour des figures de moins de trois semaines.

La façon dont le drapeau est dessiné compte également. Bulkowski préfère une figure serrée à celle dans laquelle le cours vagabonde, sort des limites et laisse des trous dans la formation.

Le drapeau haussier

Le drapeau haussier est une figure qui apparaît pendant une tendance haussière. Il est formé par une ligne de tendance descendante, orientée à contre-courant de la tendance. Cette ligne correspond à une correction technique du cours. Une fois la correction terminée, on s’attend à ce que la tendance haussière initiale reprenne et se poursuive.

L’inclinaison à contre-tendance est la forme préférée, pas une condition. Bulkowski indique que les meilleurs résultats viennent justement d’une tendance haussière en entrée avec un drapeau incliné vers le bas, mais un drapeau horizontal reste un drapeau.

Schéma d'un drapeau haussier avec la hampe, le canal de correction et l'objectif mesuré

Schéma du drapeau haussier. ① la hampe, l’élan violent avant la correction. ② le drapeau, deux parallèles inclinées à contre-tendance. ③ la cassure de la ligne haute. ④ l’objectif mesuré, soit la hauteur de la hampe reportée vers le haut depuis le bas du drapeau. Les deux segments orange ont la même longueur. Source : travail personnel.

Le drapeau baissier

Le drapeau baissier est une figure qui apparaît pendant une tendance baissière. Il est formé par une ligne de tendance ascendante, orientée à contre-courant de la tendance. Cette ligne correspond à une correction technique du cours. Une fois la correction terminée, on s’attend à ce que la tendance baissière initiale reprenne.

Schéma d'un drapeau baissier, la hampe pointe vers le bas et la correction remonte

Schéma du drapeau baissier, le cas miroir. ① la hampe pointe vers le bas. ② la correction remonte entre deux parallèles. ③ la cassure de la ligne basse. ④ l’objectif, soit la hauteur de la hampe retranchée du bord supérieur du drapeau. Source : travail personnel.

L’utilisation

Ces figures apparaissent dans les tendances fortes. Il ne s’agit pourtant pas de figures de retournement, le drapeau confirme au contraire la tendance, c’est pour l’essentiel un mouvement de correction à l’intérieur de celle-ci. Elles doivent leur nom à la forme qu’elles dessinent sur les graphiques. Dans une tendance haussière peut apparaître une courte correction baissière. Le cours recule sur un temps court, malgré la tendance haussière d’ensemble.

En reliant les sommets de cette correction, on trace une première ligne descendante. En reliant les creux, on obtient la seconde, parallèle à la première. La figure est confirmée par la cassure de la ligne haute. La position se prend à l’achat.

Dans une tendance baissière apparaissent à l’inverse des corrections haussières. Le drapeau se dessine là encore entre les deux droites parallèles qui relient les sommets et les creux. Cette fois, la confirmation vient de la cassure de la ligne basse. La position se prend à la vente.

Compte comme cassure un cours de clôture au-delà de la ligne, pas une mèche qui ne fait que la traverser. C’est ainsi que Bulkowski mesure ses statistiques, celui qui veut utiliser ses chiffres doit donc compter de la même façon. L’écart mesuré entre une entrée sur la mèche et une entrée à la clôture n’a pas été publié pour le drapeau, c’est un choix dicté par la comparabilité.

Drapeau haussier sur un graphique en chandeliers avec le panneau des volumes

À quoi ressemble un drapeau sur un graphique en chandeliers. C’est une illustration dessinée de la forme, pas l’enregistrement d’un marché réel, et c’est pourquoi vous n’y trouverez ni ticker ni cours. ① la hampe avec un volume élevé. ② huit chandeliers de correction dans un canal descendant, le volume baisse. ③ le premier cours de clôture au-dessus de la ligne haute. ④ l’objectif mesuré. ⑤ le volume le jour de la cassure. Source : travail personnel.

Le volume

À l’intérieur du drapeau, le volume baisse en général. Bulkowski l’a mesuré dans environ trois quarts des cas, précisément sur 74 à 77 pour cent des figures selon le sens de la cassure. C’est une propriété descriptive de la figure, pas une condition que le setup devrait remplir.

Avec l’explosion de volume à la cassure, les choses se passent autrement que ce qu’on lit d’ordinaire. La littérature classique la recommande comme confirmation, mais Bulkowski n’a pas retenu le drapeau ordinaire dans son étude sur le volume à la cassure, il ne publie donc aucune préférence pour cette figure. Sur une figure voisine, dont il est question plus bas, le résultat est même ressorti à l’envers. La lecture fine des volumes relève d’ailleurs d’un autre sujet, celui des indicateurs de volume.

Les chiffres que la figure peut porter

Tous les chiffres qui suivent viennent de la base de données de Bulkowski mise à jour en août 2020.

donnéevers le hautvers le bas
part des cassures dans ce sens60 %40 %
n’atteint pas le seuil de rentabilité44 %45 %
mouvement moyen après la cassure9 %8 %
objectif de la hauteur de hampe atteint46 %46 %

Deux précisions vont avec. D’abord, ces 44 pour cent se mesurent sur le drapeau autrement que sur les autres figures, à partir d’un écart de cours de court terme et non jusqu’au sommet final. La comparaison directe avec le taux d’échec de l’épaule-tête-épaule ne tient donc pas. Ensuite, la part de 60 pour cent de cassures par le haut vaut pour tous les drapeaux, quel que soit le sens de la tendance qui les précède. Le chiffre de la continuation face au retournement, Bulkowski ne le publie pas et il ne se laisse pas recalculer.

Le drapeau n’a d’ailleurs aucun rang dans son classement des figures, précisément à cause de cette façon de mesurer à part.

Drapeau, fanion ou biseau

Les confondre est facile et sur le biseau cela coûte de l’argent, parce que la position se prend de l’autre côté.

figurelignesduréecassure typique
Drapeauparallèlesjusqu’à 3 semainesvers le haut 60 %
Fanionconvergentesjusqu’à 3 semainesvers le haut 57 %
Biseau descendantconvergentesà partir de 3 semainesvers le haut 68 %
Biseau ascendantconvergentesà partir de 3 semainesvers le bas 60 %

Le drapeau baissier, c’est-à-dire un canal ascendant à lignes parallèles, ressemble presque en tout point au biseau ascendant. Or celui-ci, dans une tendance haussière, casse par le bas dans 60 pour cent des cas. Les figures à lignes convergentes forment de leur côté une famille à part, celle des triangles.

Le drapeau qui suit une envolée de cent pour cent est une autre figure. Quand le cours grimpe de plus de 90 pour cent en moins de deux mois puis consolide, Bulkowski parle de high and tight flag et la traite comme une figure autonome, avec ses propres chiffres, une hausse moyenne de 39 pour cent et un taux d’échec de 15 pour cent. Ces chiffres ne se reportent pas sur le drapeau ordinaire et les confondre est l’erreur la plus fréquente dans les textes sur le sujet.

Où mettre le stop et où mettre l’objectif

L’objectif se calcule sur la hauteur de la hampe. Sur le drapeau haussier, cette hauteur s’ajoute au bas du drapeau, pas au point de cassure, sur le drapeau baissier elle se retranche du bord supérieur. Il sort dans environ la moitié des cas, si bien que le prendre pour l’ensemble de la position est audacieux.

Le stop a sa place sous la figure, mais il y a une différence entre le bas du drapeau et la ligne basse. Le bas est un niveau fixe, la ligne basse est inclinée et se déplace dans le temps. L’étude publiée sur le placement des stops, que Bulkowski a menée sur les triangles ascendants, les doubles creux et les rectangles, aboutit à ceci. Un stop serré placé quelques centimes sous le plus bas de la séance de cassure tombe juste dans 61,5 pour cent des cas, avec une perte moyenne de 2,19 pour cent, tandis qu’un stop large sous le plus bas de dix séances n’y parvient que dans 14,9 pour cent des cas, pour une perte de 7,53 pour cent. Les drapeaux ne figuraient pas dans l’échantillon, c’est donc un repère, pas une mesure faite sur cette figure.

Une autre possibilité est le stop dérivé de la volatilité. Bulkowski cite pour cela la méthode de Kaufman, soit l’amplitude quotidienne moyenne sur 22 barres multipliée par deux et retranchée du dernier plus bas. Quand le bas du drapeau est plus proche que le bruit quotidien ordinaire, un stop serré vous sort avant que quoi que ce soit ait eu le temps d’arriver. Le travail sur les stops, nous le détaillons dans l’article sur le stop suiveur.

Comptez aussi sur le fait qu’une position fraîchement ouverte revient d’ordinaire d’abord vers le bord de la figure. Toutes figures confondues, Bulkowski a mesuré un tel retour dans 58 pour cent des cas, avec un délai moyen de dix jours. Le chiffre précis pour le drapeau ordinaire n’est pas publié.

Sur le forex et en crypto, c’est différent

Le forex est un marché de gré à gré où les transactions ne convergent vers aucun relevé central, si bien qu’il n’existe pas de volume global. Ce que la plupart des plateformes dessinent comme volume est le tick volume, autrement dit le nombre de ticks du flux d’un seul courtier. MetaTrader fait d’ailleurs lui-même la distinction, il dispose séparément de tick_volume et de real_volume. La condition sur la baisse du volume ne se vérifie donc pas sur les devises avec la même grandeur.

En crypto, le problème est autre. D’après une étude publiée dans Management Science en 2023, le wash trading représente en moyenne plus de 70 pour cent du volume déclaré sur les places non régulées. Le filtre par le volume n’y a pas de sens et il ne reste que la structure des cours.

Les chiffres de Bulkowski viennent d’une base de données d’actions en données quotidiennes. Aucune statistique comparable sur les drapeaux n’a été publiée pour le forex, pour la crypto ni pour les graphiques intraday. Celui qui trade des drapeaux sur un graphique en quinze minutes d’une paire de devises n’a aucune mesure derrière lui, seulement une analogie. Ce que l’analyse technique sait faire et ce qu’elle ne sait pas faire, la question se pose de toute façon bien au-delà du drapeau.

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