Un simulateur de trading vous prête un solde virtuel, vous laisse passer des ordres sur des données de prix réelles et calcule le résultat, sauf que rien de tout cela n’arrive en bourse. Sous ce seul nom se cachent pourtant cinq outils assez différents. Ils divergent par les données, par ce que vous y travaillez et par l’endroit où ils cessent de coller à la réalité.
La plupart des gens imaginent d’abord le compte démo d’un courtier. Ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres et, pour une bonne part de l’entraînement, la plus lente : la démo tourne en temps réel. Cinquante trades sur une stratégie swing y prennent des mois. Dans un rejeu de l’historique, ils tiennent dans un après-midi. Le temps accéléré, aucune démo ne sait le proposer. C’est la raison principale d’avoir un simulateur à côté.
Comment fonctionne un simulateur de bourse
Un simulateur repose sur trois pièces : la source des prix, le solde virtuel et la règle selon laquelle votre ordre est exécuté. Les deux premières se voient au premier coup d’œil. C’est la troisième qui décide du résultat et chaque outil la traite à sa façon.
L’américain Webull décrit l’exécution ainsi dans son aide : les trades sont remplis au dernier cours des cotations réelles, pas au bid et à l’ask, et l’ordre part dès que le prix correspond, quel que soit le volume. Une seule transaction sur une seule action à votre prix suffit donc pour obtenir la position. Dans ce modèle, ni le spread ni la file d’attente du carnet d’ordres n’existent.
TradingView se montre plus honnête sur ce point. Il calcule le profit et la perte à partir du bid et de l’ask, pas du prix affiché sur le graphique (le long comme écart entre le bid et le prix moyen d’exécution, le short à l’inverse). Les commissions sont en revanche désactivées par défaut et, sur les futures et les options, vous devez saisir vous-même le tarif par contrat, sinon le simulateur compte des trades sans frais.
Les démos des courtiers ont leurs propres simplifications. XTB indique que l’exécution se fait toujours aux prix actuels en mode Market execution et qu’elle n’est pas influencée par la taille de la transaction. Une position à un million passe donc aussi facilement qu’une position à mille euros.
Cinq types de simulateurs et ce qui les distingue
| Type d’outil | Ce que vous testez | Données | Où ça coince |
|---|---|---|---|
| Paper trading | ordres, stop-loss, levier et marge | flux propre, crypto en direct, actions différées | commissions coupées, rien sur le slippage |
| Rejeu de l’historique | lecture du graphique barre par barre | historique, profondeur selon l’abonnement | abonnement payant, aucune position tenue |
| Jeu ou concours | portefeuille selon les règles de l’organisateur | différé 15 min, Planspiel Börse en direct | classement court, accès par l’école |
| Démo courtier | la plateforme réelle d’un courtier donné | eToro en direct, CFD actions XTB différés | taille de position sans effet, aucun dividende |
| Tableur ou tracker | versements réguliers, dividendes réinvestis | saisie manuelle, cours calculés par le tracker | aucune exécution, aucun mouvement intraday |
Le paper trading dans une plateforme d’analyse
TradingView propose le paper trading gratuitement dans tous les abonnements, y compris le Basic gratuit. Il s’active sur le graphique par le bouton Trade, où vous choisissez Paper Trading et confirmez la connexion. Vous y essayez trois interfaces de saisie d’ordres (order ticket, DOM, trading directement depuis le graphique), le travail avec le levier et la marge, ainsi que plusieurs niveaux de stop-loss et de take-profit sur une même position. Viennent ensuite le comportement d’une position futures au passage de l’expiration et du règlement, le trading en dehors des heures principales et le branchement de vos propres indicateurs Pine Script sur le marché en direct. La couverture va des actions au forex, en passant par la crypto et les futures sur matières premières et indices.
Les données viennent de son propre flux et non de celui d’un courtier. Toutes les places crypto sur TradingView fournissent des données en temps réel, tandis que les bourses d’actions et de futures facturent des frais de place que l’abonnement ne couvre pas. Les actions américaines sortent par défaut du Cboe et le temps réel du NASDAQ, du NYSE ou d’ARCA forme un paquet de données séparé. Sur la plupart des actions, vous vous entraînez donc sur des données différées tant que vous n’avez pas payé le flux de la place concernée, ce qui fausse le timing d’entrée.
Webull paperTrade offre des fonds virtuels illimités et zéro commission, sauf que Webull Financial LLC n’ouvre pas de comptes aux personnes résidant hors des États-Unis et interdit l’accès par VPN. L’entité européenne Webull Securities (Europe) B.V., supervisée par l’AFM néerlandaise, dispose bien de PaperTrade, mais uniquement sur les actions, les ETF et les options, et sans liste publiée des autres pays de l’Union où le compte peut s’ouvrir. Depuis l’Europe continentale, la voie reste pour l’instant impraticable. La documentation européenne ne décrit d’ailleurs nulle part la règle selon laquelle les ordres simulés sont exécutés.
Le rejeu de l’historique et le backtest
Dans le Bar Replay de TradingView, vous faites avancer le graphique barre par barre sans voir la suite. Vous reconnaissez les figures et les zones au moment où elles se forment vraiment et vous menez un trade sur plusieurs bougies sans en connaître l’issue.
L’abonnement Basic gratuit n’inclut pas le Bar Replay, qui commence au premier palier payant. L’abonnement décide aussi de la profondeur d’historique : le premier palier payant donne des données à la minute sur environ six mois en arrière (la limite se multiplie par l’intervalle, un graphique en deux minutes remonte donc deux fois plus loin), les paliers supérieurs un an et davantage. Les données à la seconde existent depuis août 2022, celles à la minute remontent sur la plupart des symboles aux années 2000 à 2011.
Les limites sont de deux ordres, technique et humain. La technique tient au pas de rejeu le plus fin, fixé par le type de graphique (les graphiques en secondes avancent à la seconde, les intraday et journaliers à la minute, les hebdomadaires et mensuels seulement au jour). Une bougie hebdomadaire ne se rejoue donc pas plus finement. Rien ne fonctionne sur les graphiques Renko, Kagi, Point & Figure, Range, Line Break, Volume Footprint et TPO, ni sur les graphiques de spread et de ticks.
La limite humaine gêne davantage. Le lecteur ne vous empêche en rien de basculer sur une unité de temps supérieure, de pousser le curseur vers l’avant ou de vous souvenir du résultat d’une session précédente. Et comme le Bar Replay ne tient par lui-même ni positions, ni commissions, ni solde (c’est une visionneuse de graphique, rien de plus), vos résultats doivent être notés ailleurs.
Jeux et concours
HowTheMarketWorks est gratuit, financé par la publicité, et l’organisateur en règle les paramètres : liquidités de départ de 10 000 à 500 000 USD, commission par trade, limite d’une position en pourcentage du portefeuille, autorisation de la vente à découvert, marge à 8 % d’intérêt et prix minimum de l’action. Dans le réglage recommandé pour un projet scolaire, on trouve 100 000 USD, une commission de 10 USD par trade, le day trading activé, le short et la marge désactivés, une limite de position à 20 % et un prix d’action minimum de 3 USD. Les cotations accusent au moins 15 minutes de retard, si bien que rien de sensible au timing ne s’y travaille.
Wall Street Survivor donne 100 000 USD d’argent virtuel et organise des concours mensuels. Son marketing parle de données en temps réel, alors que ses propres règles reconnaissent un décalage d’au moins 15 minutes. Le bid et l’ask réels ne valent que pour les places américaines pendant les heures de bourse. MarketWatch fait tourner gratuitement, après inscription, son Virtual Stock Exchange avec plus de 20 000 parties en cours et mentionne le même décalage dans son pied de page.
L’équivalent européen est le Planspiel Börse des caisses d’épargne allemandes. Chaque joueur reçoit deux dépôts de 50 000 EUR, un d’entraînement et un de concours. On y traite des actions en euros, des fonds, des ETF et des obligations, le dépôt d’entraînement ajoutant les cryptomonnaies et les certificats indiciels. Des frais virtuels sont prélevés sur chaque ordre et les cours arrivent en temps réel des bourses de Stuttgart, Vienne et Luxembourg. La session dépend d’une caisse d’épargne partenaire et s’adresse aux élèves, aux étudiants et aux enseignants. Les inscriptions ont lieu à l’automne, le tour se termine en hiver et les dates sont annoncées par la caisse participante.
L’américain The Stock Market Game, porté par la fondation SIFMA, se joue en équipes de cinq étudiants au maximum avec 100 000 USD et impose la diversification par règlement : au moins trois actions différentes d’ici la fin de la cinquième semaine, 30 % du capital au plus dans une seule entreprise, interdiction des titres sous 3 USD. Il facture 5 USD par transaction et 7 % par an sur le solde débiteur. Les sessions d’été sont souvent gratuites, celles de l’année scolaire se paient par équipe selon le coordinateur et la durée du tour (10 à 30 USD, par exemple 20 USD pour le tour d’automne et 30 USD pour l’année complète) et la participation passe par l’établissement scolaire.
Ces concours partagent le même défaut. Le gagnant est celui qui affiche le rendement le plus élevé sur un tour, soit un à quatre mois selon le réglage de l’organisateur. Sur une durée pareille, la gestion du risque ne l’emporte jamais, le pari concentré si. Les organisateurs freinent cela par des limites de position et une diversification obligatoire, sans arriver à l’éliminer complètement.
Simuler un portefeuille de long terme
Un simulateur de trading répond à la question « cette entrée a-t-elle fonctionné ». Pour l’investissement, la question change : que produit un versement mensuel régulier au bout de dix ans, combien ajoute le réinvestissement des dividendes, vaut-il la peine de rééquilibrer une fois par an vers les pondérations cibles. Le paper trading s’y prête mal. Il tourne en temps réel et un tour de concours s’achève au bout de quelques mois.
La simulation la plus simple d’un portefeuille de long terme se monte dans un tableur à partir des cours de clôture mensuels : une ligne par mois, une colonne pour le versement, une colonne pour le nombre de parts, une colonne pour le dividende. Ni inscription ni courtier ne sont nécessaires et vous voyez exactement ce que vous calculez. Le prix à payer tient en trois points. Aucune exécution ni mouvement intraday n’entrent dans le modèle, les données se saisissent à la main et personne ne vérifiera l’erreur dans votre formule.
Les portefeuilles de Google Finance et de Yahoo Finance en sont la version prête à l’emploi. Ils tiennent une vraie position avec le nombre de titres, la date d’achat et le prix de revient, à partir desquels ils calculent le gain face au cours actuel. Le remplissage reste manuel. Google ne propose aucune connexion à un compte de courtier, chaque achat et chaque vente s’y inscrivent donc à la main, même si le formulaire accepte aussi un fichier CSV ou une capture de relevé. Yahoo dispose d’une liaison avec un courtier et gère la saisie manuelle plus finement : transactions d’achat, de vente et de vente à découvert, achats individuels avec dividendes réinvestis et suivi séparé des liquidités.
Pour les valeurs de la place parisienne, la différence entre les deux compte. Euronext Paris figure chez Google Finance avec un décalage de 15 minutes, au même titre qu’Amsterdam et Bruxelles, la BME madrilène, la SIX suisse, Varsovie et Vienne. En temps réel, Google ne couvre que Francfort, le London Stock Exchange, la Borsa Italiana et le Nasdaq OMX de Stockholm, Helsinki et Copenhague. Yahoo liste les places européennes avec 15 à 20 minutes de retard et les reconnaît par leur suffixe, .PA pour Paris, .L pour Londres, .F pour Francfort, .MI pour Milan, .WA pour Varsovie, .VI pour Vienne. Le suivi des transactions, des dividendes et des liquidités est gratuit chez Yahoo, les abonnements payants n’ajoutant que l’évaluation du rendement et du risque du portefeuille.
Quand vous voulez quelque chose de prêt à l’emploi, ce sont les jeux éducatifs à diversification imposée et à frais par transaction qui s’approchent le plus du raisonnement de long terme, justement parce qu’ils obligent à détenir plusieurs titres et à payer chaque changement. Cela ne remplace toutefois pas l’entraînement à la détention longue, le tour se termine en quelques semaines.
Régler son simulateur pour que l’entraînement serve
Fixez le capital avec lequel vous démarrerez vraiment. Là où le solde se modifie : eToro l’ajuste sur demande auprès du service client, avec un ajout de 100 000 USD au maximum, et XTB propose dans le Client Office un bouton Change Balance, réservé selon l’aide internationale aux clients disposant d’un compte réel ouvert. Dans les jeux, les liquidités de départ sont fixées par l’organisateur.
Activez les commissions. TradingView les laisse désactivées et attend, sur les futures et les options, que vous saisissiez vous-même le tarif par contrat. Sans cela, une stratégie que les frais ramèneraient à zéro ressortira bénéficiaire.
Gardez la même taille de position sur tout le test. Si vous risquez un pour cent une fois et un dixième du compte la fois suivante, la série de trades ne mesure plus rien et c’est un trade au hasard qui fait le résultat.
Notez vos trades en dehors du simulateur. Le Bar Replay ne tient ni positions ni solde, il ne laisse donc rien derrière lui. En paper trading, ce carnet est la seule chose qui survit à la remise à zéro du compte.
Ne réinitialisez pas le compte après chaque perte. La remise à zéro tient en un clic et ne coûte rien, elle efface pourtant la seule chose qui ait de la valeur, une série continue de résultats.
Ce que la simulation fausse
L’émotion manque à la simulation, c’est vrai, et c’est le moindre des problèmes. La simulation déforme aussi sur le plan purement technique, et chez certains outils, systématiquement en votre faveur.
Une exécution à un prix que vous n’auriez pas obtenu. Un modèle qui remplit l’ordre au dernier cours sans tenir compte du volume ignore le spread comme la file du carnet d’ordres. Sur des titres peu liquides et sur les options, l’ordre part alors à un prix qui n’a jamais figuré dans le carnet.
Aucune exécution partielle et aucun slippage. Le simulateur vous prend tout le volume d’un coup. Dans la réalité, un ordre plus gros se remplit progressivement dans le carnet et le prix moyen se déplace. XTB indique lui-même que sur la démo la taille de la transaction n’influence pas l’exécution, et la documentation de TradingView reste muette sur le slippage, l’exécution partielle et l’impact de votre propre volume.
Des données différées. Au moins 15 minutes pour la plupart des jeux éducatifs, le Planspiel Börse faisant exception, sur les CFD actions et ETF chez XTB, et sur la plupart des bourses d’actions et de futures dans TradingView sans paquet de données payé. Sur une stratégie de long terme, cela ne gêne pas. Sur un trade intraday, vous entrez avec tout un mouvement de quinze minutes de retard.
Les opérations sur titres absentes. XTB ne verse sur la démo ni dividendes, ni droits de souscription, ni autres opérations sur titres. Une stratégie de dividendes n’y est donc pas vérifiable.
Un regard en arrière que vous n’aviez pas sur le moment. En testant sur l’historique, il est facile d’utiliser une information dont vous ne disposiez pas à l’époque, il suffit de changer d’unité de temps ou de pousser le curseur. Et la liste des membres actuels d’un indice ne contient pas les entreprises qui en sont sorties entre-temps, un test bâti dessus paraît donc meilleur qu’il ne l’aurait été en direct. Les deux travers tiennent au principe même du test sur le passé, aucun outil particulier n’en est responsable.
L’impôt et la conversion de devises. Aucun des outils cités ne les prend en compte. The Stock Market Game précise explicitement qu’il n’enseigne pas les effets fiscaux. Sur les actions étrangères, la conversion et l’imposition des dividendes réduisent pourtant le rendement réel.
Où s’arrête le simulateur et où commence la démo
Le simulateur convient à la mécanique du produit : le fonctionnement du levier et de la marge, ce qui arrive à une position futures à l’expiration, la façon dont une position se divise, le comportement d’un stop-loss. Les principes se ressemblent sur toutes les plateformes, même si chacune les paramètre à sa manière. L’exécution, les spreads et le comportement d’une plateforme donnée se découvrent en revanche sur la démo du courtier chez qui vous comptez traiter.
Le capital virtuel, la devise du compte et le retard des données actions varient d’une démo à l’autre. Du point de vue de la simulation, un seul point compte : la démo tourne dans la plateforme réelle du courtier, vous découvrez donc exactement l’environnement dans lequel vous traiterez ensuite. Sur les CFD actions et ETF, comptez toutefois avec un décalage de quinze minutes.
Les coûts ne se vérifient fiablement sur la démo avec aucun outil. eToro écrit que les trades du compte virtuel ne portent aucuns frais, l’aide de Trading 212 ne dit rien des spreads ni des intérêts overnight. Passez donc les spreads, les swaps et les commissions en revue dans la grille tarifaire du courtier.

Selon ce que vous voulez tester, la suite change. Sur les actions, l’écart entre une action réelle et un CFD sur action pèse lourd, chacune se comportant différemment en démo. Sur les paires de devises, c’est le choix du courtier selon le spread et le levier qui décide.
Travaillez la mécanique du produit en paper trading, entraînez la décision dans un rejeu de l’historique, calculez le portefeuille de long terme dans un tableur et essayez la plateforme d’un courtier précis sur sa démo. Le passage à l’argent réel ne se décide pas sur la hauteur du solde virtuel. Ce qui compte, c’est d’avoir des règles écrites et une série de trades où vous vous y êtes tenu.
Et gardez en tête qu’un résultat obtenu en simulateur ne dit rien du résultat sur un compte en direct. La simulation surévalue l’exécution, n’impute aucun impôt et ignore le poids de l’argent réel. Ce qu’elle vous laisse, ce sont des heures de travail et des erreurs qui n’ont rien coûté.