ETF monde hors États-Unis : ce qu'ils contiennent

Martin Krpenský Vérifié par la rédaction
Publié le Mis à jour le 9 min de lecture
Écran de cotation affichant des indices boursiers européens et asiatiques, sans place américaine
Sommaire

Les sociétés américaines pèsent 72 % de l’indice MSCI World. Acheter un ETF monde classique revient donc à acheter surtout des actions américaines.

Il existe pourtant des fonds qui laissent les États-Unis totalement de côté. Ils servent aux investisseurs qui détiennent déjà des actions américaines ailleurs et ne veulent pas les avoir une deuxième fois dans leur portefeuille. Ce tour d’horizon commence par un tableau des fonds. Vient ensuite ce qu’ils contiennent réellement et ce qui les distingue les uns des autres.

Quels fonds existent vraiment

Tous les fonds ci-dessous sont des UCITS, donc européens. C’est important, car un investisseur européen ne peut pas acheter leurs équivalents américains.

FondsISINTERTailleDividendes
Xtrackers MSCI World ex USA 1CIE0006WW1TQ40,15 %6,5 Md€capitalisant
iShares MSCI World ex-USA (Acc)IE000R4ZNTN30,15 %3,1 Md€capitalisant
Amundi MSCI World Ex USA AccIE00085PWS280,15 %0,7 Md€capitalisant
UBS MSCI World ex USA accLU28075129470,09 %0,4 Md€capitalisant
Xtrackers MSCI World ex USA 1DIE000Z0FC0G50,15 %0,2 Md€distribuant
Amundi MSCI World Ex USA DistIE0009BI8Z040,15 %0,1 Md€distribuant
Xtrackers FTSE All-World ex US 1CIE000YKHGYN20,15 %0,05 Md€capitalisant

L’indice suivi figure dans le nom du fonds. Les six premiers suivent le MSCI World ex USA, le dernier le FTSE All-World ex US, seul indice du lot à contenir les marchés émergents.

La part capitalisante réinvestit les dividendes toute seule, la part distribuante les verse sur le compte. Pour le reste, le portefeuille est identique.

Les fonds les moins chers de la catégorie descendent encore un peu plus bas. BNP Paribas Easy MSCI World ex USA affiche un TER de 0,07 %, mais il ne gère qu’une dizaine de millions d’euros. Sur un fonds aussi petit, l’écart entre le prix d’achat et le prix de vente est souvent plus large, ce qui avale vite l’économie de frais. À côté de ces produits, il existe une poignée de fonds qui font leur propre sélection de sociétés, des versions dividendes aux versions climat en passant par la gestion active. Leurs frais vont de 0,2 à 0,38 %.

« Sans les États-Unis » ne veut pas dire la même chose partout

C’est le plus gros piège de toute la catégorie. Les noms paraissent interchangeables, mais le contenu diffère de plusieurs dizaines de pour cent du portefeuille.

IndicePaysSociétésCanadaMarchés émergents
MSCI World ex USA22755ouinon
MSCI ACWI ex USA461 933ouioui
MSCI EAFE21672nonnon
FTSE All-World ex US473 763ouioui

MSCI EAFE est l’abréviation d’Europe, Australasie et Extrême-Orient. L’indice laisse de côté les États-Unis, mais aussi le Canada. Ce n’est donc pas la même chose que « le monde sans l’Amérique ». En prime, aucun fonds sur cet indice ne s’achète en Europe, tous les trackers existants sont domiciliés hors de l’Union européenne.

La différence pratique est simple. Les fonds sur le MSCI World ex USA ne détiennent que des marchés développés. Qui veut aussi la Chine, Taïwan, la Corée et l’Inde dans un seul fonds doit se tourner vers le FTSE All-World ex US.

Ce qu’il y a vraiment dans un fonds de ce type

Il ne s’agit pas d’une répartition régulière sur toute la planète. Le poids le plus lourd revient de loin au Japon, qui représente à lui seul un cinquième de l’indice MSCI World ex USA.

PaysPoids
Japon20,47 %
Royaume-Uni12,92 %
Canada12,21 %
France8,72 %
Suisse8,27 %
autres pays réunis37,41 %

Le regard sur les secteurs est encore plus parlant. Le marché américain est tiré par les sociétés technologiques. Ici, leur part est faible.

Les banques et les assurances pèsent 28,36 % de l’indice, l’industrie 17,81 % et les technologies de l’information seulement 9,8 %. Acheter le monde sans l’Amérique revient donc surtout à acheter des sociétés financières et industrielles.

Cela se voit aussi sur les principales lignes. La société la plus lourde est le néerlandais ASML, qui fabrique les machines servant à produire les puces, avec 2,56 %. Vient ensuite la banque britannique HSBC avec 1,46 %, puis la suisse Roche avec 1,23 %.

À titre de comparaison, la première société de l’indice américain, Nvidia, y pèse à elle seule 7,19 %. C’est plus que les trois plus grosses lignes de l’indice sans les États-Unis réunies. Le risque lié à une société dominante disparaît ici presque entièrement.

Les fonds américains, vous ne pouvez pas les acheter

Aux États-Unis, il existe des fonds de même orientation avec des frais nettement plus bas. Vanguard FTSE Developed Markets affiche un TER de 0,03 %, Vanguard Total International Stock 0,05 % et iShares Core MSCI Total International Stock 0,07 %. Leur taille n’a rien à voir non plus, le plus gros gère plus de 230 milliards de dollars.

Un particulier ne peut pourtant pas les acheter chez un courtier régulé, et ce n’est pas à cause d’une interdiction de négocier.

La raison tient au règlement européen PRIIPs, en application depuis le 1er janvier 2018. Il oblige le distributeur à remettre au client particulier, avant l’achat, un document d’informations clés, le fameux DIC, rédigé dans la langue du pays. C’est à la société de gestion du fonds de le produire. Les gestionnaires américains ne le publient pas. Le droit américain ne les y oblige pas et le format européen réclame des projections de performance future, que la surveillance du gendarme boursier américain les dissuade de fournir.

Résultat, le fonds existe et se négocie normalement, mais un courtier européen n’a pas le droit de le vendre à un client particulier. Jusqu’à fin 2017, cela ne posait aucun problème.

Les frais ne sont pas le seul chiffre à regarder

Entre 0,07 et 0,15 %, les frais de cette catégorie sont serrés et l’écart se voit peu en pratique. Deux autres éléments pèsent davantage.

La taille du fonds. Sur un fonds de quelques millions d’euros, les échanges sont rares et l’écart entre le prix demandé et le prix offert est souvent plus large. Vous le payez à chaque achat comme à chaque vente.

La devise. Ces fonds sont libellés en euros ou en dollars, mais ils détiennent des actions japonaises, britanniques, canadiennes et suisses. Le cours de ces monnaies influence le résultat autant que le mouvement des actions elles-mêmes. Ces fonds ne proposent pas de couverture contre le risque de change.

Moins cher que le marché américain, mais l’écart s’est réduit

Au 31 juillet 2026, l’indice MSCI USA se négociait à 27,11 fois les bénéfices et offrait un rendement du dividende de 1,13 %. L’indice MSCI World ex USA était à 19,08 fois les bénéfices, avec un rendement de 2,55 %.

L’écart de valorisation existe donc toujours, mais il est bien plus faible que celui auquel on s’était habitué ces dernières années. Les marchés hors Amérique ne sont plus bon marché au sens où ils l’étaient il y a encore deux ans, car leur valorisation a beaucoup augmenté.

La performance de long terme montre bien pourquoi on a tant parlé de l’avance américaine. Sur les dix dernières années, l’indice MSCI World, qui contient l’Amérique, a rapporté 12,73 % par an en dollars. L’indice MSCI World ex USA a rapporté 9,54 % par an sur la même période, les deux après imposition des dividendes à la source.

La période récente raconte autre chose. En 2025, le MSCI World ex USA a gagné 31,85 % en dollars et il a ajouté 11,44 % sur les sept premiers mois de 2026. Des données arrêtées à une autre date donneront un autre résultat, et la performance passée ne permet pas de déduire la performance future.

Comment s’en servir

Un fonds sans les États-Unis a du sens en complément, pas comme portefeuille entier. Il laisse de côté le premier marché actions du monde, il ne suffit donc pas à lui seul à répartir le risque.

La raison d’achat habituelle est pratique. Quand un investisseur détient déjà un indice américain à part, par exemple via un fonds sur le S&P 500, il complète avec le reste du monde et fixe lui-même la proportion entre les deux poches. L’autre option, un seul fonds mondial, est plus simple, mais la part de l’Amérique y est fixée par le marché.

En France, ces fonds se logent dans un compte-titres ordinaire. Aucun d’entre eux n’est éligible au PEA. Un fonds n’y entre que s’il investit au moins 75 % de son actif en titres de sociétés ayant leur siège dans l’Union européenne ou dans l’Espace économique européen. En assurance-vie, tout dépend de la liste d’unités de compte du contrat, qui varie d’un assureur à l’autre.

Pour acheter, il faut enfin un courtier qui référence ces fonds. Tous ne les proposent pas tous, et c’est sur les plus petits fonds du tableau que les différences sont les plus grandes.

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